Alger : quand Tarzan rencontre Jane

L'arbre de Tarzan

L’arbre de Tarzan

Où flirter à Alger ? Une question à laquelle les guides touristiques n’ont pas répondu. Mais les Algérois ont la réponse : au Jardin d’essai. Les jeunes couples se sont donné le mot et surtout l’adresse. Une grande majorité s’y retrouve à l’ombre des arbres pour se protéger du soleil et par dessus tout de la vue des autres. Le long des allées, ils peuvent discuter sur les nombreux bancs éparpillés.

Un « baisodrome » comme héritage colonial

Les amoureux des bancs publics

Les amoureux des bancs publics

Au fond du parc, Nadjib et Amel, 27 ans chacun, regards évocateurs mais chastes, se promènent en amoureux pour la première fois. Ils se sont rencontrés dans un avion le 2 juin : “Mon voisin jouait aux échecs sur son ordinateur. Comme je n’avais rien pour m’occuper, j’observais sa tactique.

Quelques minutes plus tard, il termine sa partie. Je me suis retourné et derrière mon siège, j’ai vu cette personne.”, explique Najib qui prend un malin plaisir à édulcorer son coup de foudre pour Amel.

De retour dans sa famille à Alger, Nadjib décide d’emmener sa nouvelle petite amie au jardin d’Essai, héritage colonial vieux de 180 ans. Quand on évoque le nombre d’amoureux dans le parc, les deux tourtereaux ricanent. Nadjib explique que le parc avait fermé car les couples faisaient plus que s’embrasser… Certains Algériens surnomment même le Jardin d’essai le “baisodrome”. Depuis sa réouverture en 2009, après trois ans de travaux, il accueille plus d’un million de visiteurs par an.

A l’écart des parents

“Ce lieu n’est pas du tout romantique”, s’exclame Chahinez collée à Omar sur un des bancs d’une allée ombragée. L’Algérois s’est risqué à suspendre son bras droit derrière le dos de sa brune. “Dans ce jardin et dans la rue, c’est interdit d’être proche”, explique l’étudiante de 20 ans. Le Jardin d’essai apparaît comme un refuge pour les coeurs amoureux en mal d’intimité. D’autant plus que les jeunes vivent chez leurs parents jusqu’au mariage.

L'agent de sécurité veille

L’agent de sécurité veille

Amoureux depuis cinq ans, Omar a trouvé sa moitié de l’autre côté de son pallier. Le couple habite à deux cents mètres du Jardin d’essai. Difficile de trouver l’âme soeur dans le peu de boîtes de nuit que compte la capitale. Omar, âgé de 22 ans, a rencontré Chahinez alors qu’elle était encore mineure.

Un problème qui en occulte d’autres. En Algérie, seul le mariage offre une certaine liberté aux amants. Et les parents de Chahinez n’acceptent pas leur probable beau-fils: “Je connais ses parents, mais les miens n’approuvent pas ma relation avec Omar à cause de son travail de vendeur”, confie-t-elle en faisant tourner un paquet de cigarettes dans ses mains. “Ce ne sont pas les miennes. Les femmes n’ont pas le droit de fumer”, précise-t-elle.

Plus qu’une attitude, la discrétion est le mot d’ordre. Le service de sécurité du jardin n’hésite pas à appeler les parents des jeunes couples trop entreprenants. “Tu peux risquer entre trois et six mois de prison !”, lâche Omar. Encore ce matin, les coups de sifflet ont précédé l’expulsion d’un couple du jardin.

“Nous sommes européens”

Des escalades dans les arbres, des pas dans les sous-bois ou des bisous. Tout est interdit. Et le règlement c’est le règlement. Nicole et Simon en savent quelque chose. Ces deux lycéens, originaires respectivement d’Italie et de France, ont eu droit à une réprimande de la part de la police des moeurs après un baiser. Leur défense: “Nous sommes européens”. Un laisser-embrasser. “C’est le seul endroit en Algérie où on peut se tenir la main, où on peut être tranquilles”, constate Nicole.

A l’extérieur du jardin, les jeunes amoureux ne prennent aucun risque : “Quand on marche dehors, normalement c’est un mètre de distance. On ne tente même pas de se donner la main ou d’être trop collé.” On comprend mieux pourquoi le Jardin d’essai a autant de succès.

Date du reportage : juin 2012
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Fanny Chauvin et Audrey Radondy

Fanny entre en deuxième année à l'école supérieure de journalisme de Lille, tout comme Audrey, impatiente de découvrir les autres pays du Maghreb et de retourner en Algérie. Dates de naissance: 01/09/1990 - 11/06/1986.

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