Argentine : les « vrais » tangos de Buenos Aires

Le Sanata

Le Sanata

Dans la capitale argentine, impossible de passer à côté du tango. Classé depuis 2009 au patrimoine immatériel de l’humanité, il est servi à tous les coins de rues. Dans toutes les férias (marchés), dans tous les lieux touristiques, on croise ces danseurs à chapeaux et ces danseuses à jupes fendues. Une vraie manne touristique qui fait vivre de nombreux Argentins.

Mais loin des « tanguerias » à touristes, qui facturent jusqu’à 100 euros le spectacle, un autre tango fait vibrer Buenos Aires. Un tango qui se veut en opposition au « tango for export ». Un mouvement qui se veut plus populaire, moins superficiel : plus réel diraient les artistes qui gravitent dans ce milieu.

Et le tango, ce n’est pas seulement une danse, c’est avant tout une musique et une philosophie.

« Le tango, ce n’est pas une paire de chaussure »

Il y a maintenant quinze ans, plusieurs jeunes musiciens de Buenos Aires ont voulu offrir au tango une seconde jeunesse. Dépoussiérer les standards vieillis. Surtout que le tango avait été déserté par les générations précédentes : il représentait l’ordre établi, les années sombres du pays. Alors, ces jeunes musiciens voulaient retrouver l’essence de cette musique. A l’initiative de ce mouvement, il y a notamment Julian Peralta, un pianiste qui a aujourd’hui 37 ans.

En 1999, il édicte alors une dizaine de règles. Parmi elles : jouer ses propres compositions, avoir un nom de groupe composé de « orquestra tipica », être habillés en habits de tous les jours, ne jouer que sur un piano à queue… Les règles ont certes évolué avec leur temps mais le mouvement continue aujourd’hui. La relève est là, motivée à faire vivre le tango. Ces musiciens, on les croise dans des bars tel que El Sanata, dans le quartier cosmopolite d’Almagro ou à EL CAFF.

Le tango comme philosophie

Julian Peralta et ses confrères se sont souvent demandé : « Mais qu’est ce que le tango ? ». Une vaste question. Pour eux, ce n’est pas seulement une danse, car pleins de tangos ne se dansent pas, ce n’est pas le bandonéon, les premiers tangos se jouaient sans bandonéon, ce n’est pas un rythme non plus. Ils en sont alors arrivés à la conclusion suivante : être tanguero (joueur de tango), c’est être conscient de la mort, conscient de la condition du monde, de la réalité de leur pays et de leur ville, Buenos Aires.

De cette prise de conscience nait alors une volonté de profiter du moment avant que celui-ci ne s’échappe. Le temps passe, la vie file, alors un objectif : prolonger la nuit avant qu’elle ne disparaisse. Mais Julian avertit : « Si cela devient trop intellectuel, ce n’est plus du tango ».

Le tango comme acte de résistance

Nostalgie, dynamisme et émotions sont au rendez-vous dans les bars plus ou moins sombres où s’activent les musiciens. Et le public est là. « C’est une grande famille, le tango », raconte Julian Peralta.

En raison de l’inexistence de financement, les musiciens se débrouillent, s’organisent entre eux. L’autogestion est de mise. Et pour les plus chanceux – talentueux – une tournée en Europe couronne leurs efforts.

De plus, afin d’encourager les jeunes musiciens, afin de faire partager la passion du tango des lieux comme le Teatro Goni, dans le quartier San Cristobal, voient le jour. Ce théâtre, où sont dispensés cours et ateliers, a été aménagé dans un ancien hangar. Il a été crée tant par les professeurs que par les élèves. Pauline Nogues y travaille. Cette Française est arrivée à Buenos Aires il y a 5 ans pour approcher de plus près ce mouvement.

Musicienne de formation, elle écrit désormais ses propres tangos. Pour elle, « le tango, c’est plus qu’une musique, c’est une implication sociale ». Un constat que partage Julian : « Le tango, c’est une lutte. C’est un mouvement de résistance culturel, alors, de fait, cela devient un acte politique. »

> Les groupes du moment : Astillero, Orquesta Tipica Fernandez Fierro, 34 punaladas, Derrotas Cadenas, Cuarteto de julio coviello, Rascasuelos…

Date du reportage : juin 2012
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Florine Constant

Journaliste à BFM TV née le 31/12/1988. Diplômée l'école de journalisme de Grenoble, M2. Journaliste en devenir, voyageuse passionnée.

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