Bosnie : Sarajevo entre plaies ouvertes et renaissance

Sarajevo, la seule capitale d’Europe à majorité musulmane

Sarajevo, la seule capitale d’Europe à majorité musulmane

Même si la guerre hante encore les mémoires, la capitale de la Bosnie-Herzégovine a quasiment terminé sa reconstruction après le siège serbe qui dura de 1992 à 1995. Depuis, le tourisme ne cesse d’augmenter dans la capitale du seul pays européen à majorité musulmane (1).

Une ville toujours marquée par l’Histoire

Jusqu’en 1992, Sarajevo était surtout connue pour avoir été le théâtre de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche en 1914. Un attentat qui servit de prétexte à déclencher la Première Guerre mondiale. Quelques décennies plus tard, les amateurs de sports découvraient la ville à travers l’accueil des Jeux Olympiques d’hiver dans une Yougoslavie encore unie (1984).

Mais, depuis, cette cité aujourd’hui peuplée de plusieurs centaines de milliers d’habitants, reste associée à l’événement le plus tragique post-Seconde Guerre mondiale survenu en Europe. Sarajevo connut le plus grand siège de l’histoire de la guerre moderne avec plus de 10000 morts. Pendant plus de mille jours, la ville dut subir les tirs d’obus des forces paramilitaires serbes désireuses de rester attachées à une Yougoslavie pourtant en voie de dislocation. La génération de trentenaires n’a pas oublié les images d’une ville vivant quotidiennement sous les bombes, à moins de deux heures d’avion de l’Hexagone. La visite éclair de François Mitterrand en 1992 et l’impuissance des Casques bleus, quasiment confinés au no man’s land, ont tout autant marqué les esprits des adolescents français. Et c’est bien, généralement, ce que tout le monde retient de ce conflit trop compliqué à comprendre et qui connut son paroxysme avec le massacre de Srebrenica à 130 km de la capitale bosniaque (2).

La guerre encore dans les esprits

Aujourd’hui, la guerre est toujours dans les conversations à Sarajevo même si les ennemis d’hier (les Serbes de Bosnie et les Bosniaques musulmans) apprennent à vivre ensemble, à oublier snipers embusqués et éclats d’obus qui ont amputé tant de familles. Grâces aux aides internationales, la ville s’est d’ailleurs rapidement reconstruite, même si un certain nombre d’immeubles, par leurs impacts de balles encore visibles, rappelle que le conflit ne date que d’une petite vingtaine d’années. Habitants et organismes ont tout mis en oeuvre pour que cette guerre, quasi-fratricide, disparaisse le plus rapidement des mémoires même s’il est difficile, au hasard d’une rencontre avec un habitant, de ne pas déclencher les passions au moment d’évoquer ce terrible siège, point d’orgue de l’éclatement de la Yougoslavie.

La Sarajevo des années 2000, c’est un ensemble de particularité. Il y a ces bâtiments modernes qui jouxtent les quelques immeubles encore détruits, bien sûr, mais aussi cette mixité religieuse, au coeur de l’Europe, qui continue d’étonner. Ici, mosquées, églises orthodoxes et synagogues cohabitent avec une rafraîchissante sérénité.  Une mixité qui vaut d’ailleurs à la ville le surnom de « Jérusalem d’Europe ». Les quartiers  sont très différents les uns des autres. La ville moderne, l’ancien quartier turc et la vieille ville ont chacun leurs spécificités. C’est d’ailleurs ce qui attire, de manière fulgurante, de plus en plus de visiteurs chaque année, le tourisme étant devenu l’une des activités principales du pays.

Bâtiments détruits

Bâtiments détruits

Une destination qui réconcilie

Parallèlement à cette richesse historique marquée par une domination turque qui dura cinq siècles, la municipalité a multiplié les événements culturels qui séduisent de plus en plus de jeunes européens. En dehors des nombreux musées, ces touristes, curieux de destinations encore atypiques, peuvent découvrir tout au long de l’année des festivals de musique (jazz, rock), et de théâtre, sans oublier, bien sûr, le symbolique festival du film qui fait la fierté de la ville (3). Bref, Sarajevo est une destination encore « sauvage » qui réconcilie les amoureux d’histoire et de culture, et où les mixités religieuses et culturelles sont absolument uniques sur le Vieux continent.

De plus en plus de vols sont proposés au départ d’aéroports européens à destination de Sarajevo. Mais il est également possible d’y accéder au cours d’un séjour en Croatie. Le bon plan : louer une voiture à Dubrovnik (Croatie), par exemple, et rallier la capitale bosniaque via Mostar (4), autre ville symbole de la guerre en Yougoslavie (temps de route : environ 4h15 au milieu de paysages variés –bords de mer, plaines, vallées, montagnes). Une escapade de deux jours depuis la cité croate, avec nuit à l’hôtel sur les bords de la rivière Miljacka, vaut vraiment le coup. Inconvénient : entre l’euro qui traîne dans vos poches, la Kuna croate et le Mark convertible bosnien, on finit par trouver son porte-monnaie étrange.

> NOTE
(1)
Hors Kosovo, dont la souveraineté n’est que partiellement reconnue par la communauté internationale, et Albanie, dont les chiffres confessionnels sont sans cesse discutés et remis en cause aussi bien par les musulmans que par les chrétiens (orthodoxes et catholiques).
(2) En juillet 1995, entre 6000 et 8000 musulmans hommes avaient été massacrés par les serbes de Bosnie dirigés par le glacial général Ratko Mladic, lui même mis en place par le non moins glacial Sloboban Milosevic. Ce massacre est le plus grand génocide jamais perpétré en Europe depuis la Shoah.
(3) Il a été créé en 1995 pendant le siège de la ville.
(4) Mostar (Bosnie-Herzégovine) a vu s’affronter trois camps au cours de la guerre en Yougoslavie: les Serbes, les Croates et les Bosniaques. La destruction de son célèbre pont par les Croates (le « Star Most »), était symbolique à plus d’un titre: il reliait le quartier musulman et le quartier chrétien de la ville.

> A VISIONNER SUR LE SUJET
– « Bosna » un documentaire de Bernard-Henri Levy sur le siège de Sarajevo (Arte Video).
– « Résolution 819 » de Giacomo Battiato avec Benoît Magimel (éditions Sidonis Calysta) pour mieux comprendre comment a été perpétré le massacre de Srebrenica.

Date du reportage : juillet 2007
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Frédéric Sauron

Journaliste au Progrès né le 15/05/1978. Coups de coeur: Europe de l'Est et proche-Orient.

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