Corée du Nord / Corée du Sud : les sœurs ennemies

Réunification

Ils sont plusieurs dizaines de milliers d’habitants à avoir été séparés après la guerre de Corée, en 1953. Du côté du Sud, la frontière est un lieu que les touristes visitent mais reste aussi un site de pèlerinage où l’on se rend pour maintenir l’espoir de retrouver un jour ceux qui sont de l’autre côté.

Rendez-vous à la DMZ

Vérification des noms et contrôles des passeports une première fois. Un militaire qui observe attentivement, vérifie à nouveau et s’assure que rien n’a l’air suspect. Cette scène de méfiance et d’extrême précaution ne se déroule pas en temps de couvre-feu. C’est le quotidien des guides et des conducteurs de bus qui accueillent à leur bord les touristes et les emmènent à une cinquantaine de kilomètres au nord de la capitale de la Corée du Sud, Séoul, sur la ligne de démarcation, la DMZ comme on l’appelle communément.

La République de Corée (Sud), se méfie encore de sa sœur, la République populaire démocratique de Corée la mal-nommée (Nord). A la frontière, la vigilance est plus que de rigueur. On se scrute, on se défie du regard. On, ce sont les militaires en poste en permanence de chaque côté des barbelés qui marquent précisément les limites à ne pas dépasser. Lorsqu’on les regarde, on a le sentiment que cette attitude relève désormais davantage de l’habitude et plus de l’idéologie pure. Ont-ils le choix ? Probablement pas. En Corée du Sud, on reste très pudique lorsqu’il s’agit d’évoquer ces problèmes mais on s’estime cependant à la merci des attaques des anciens compatriotes du Nord. La dernière remonterait à 2010, lorsque des marins ont péri lors du naufrage d’une corvette. Officiellement, la Corée du Nord dément toute implication. Le climat ne risque pas de se détendre, au vu des dernières menaces qu’elle a proférées contre sa voisine et ses alliés américains…

Des photos pour se souvenir

La Corée du Nord et son fonctionnement restent entourés d’un épais voile de mystère. Dernier état stalinien au monde, il est très difficile d’y pénétrer, a fortiori lorsque l’on est journaliste. Les seules images qu’on en a sont celles que la télévision d’Etat veut bien diffuser et celles que quelques téméraires voyageurs et reporters sont allés chercher sur place. Pour le voyageur un peu curieux, l’une des solutions pour se rapprocher de ce pays énigmatique est de se rendre jusqu’à la DMZ.

Il est donc préférable d’y aller accompagné d’un guide, lors d’une visite organisée. Les différents barrages militaires compliquent un tantinet le voyage. Une fois sur place, on constate que les lieux sont loin d’être déserts. Des centaines de touristes se pressent, parfois, certainement, par curiosité malsaine. Mais quelques visiteurs ont aussi laissé une partie de leur famille de l’autre côté de la frontière et le seul moyen d’entretenir le souvenir est de venir ici. Un mémorial où les photos se succèdent ravive la mémoire. Il est situé juste à côté des miradors, là où l’on s’assure que l’ennemi nordiste reste bien à sa place. On y voit des familles qui se disent adieu ou au revoir, des scènes de guerre.

Au pas de charge, le guide nous explique de façon plutôt scolaire, comme dans un ouvrage d’histoire, que l’on a relancé le train qui relie les deux Corée, inauguré par George W. Bush en personne en 2002. Mais celui-ci n’a jamais circulé, bien évidemment. On nous emmène également dans un tunnel que les Nord-Coréens ont creusé il y a quelques années dans le but d’attaquer le Sud. Là-dessous, on est à quelques mètres seulement de l’ennemi…

Au loin, le Nord

La Corée du Nord à quelques pas

Puis on arrive à une ligne jaune, derrière laquelle il est formellement interdit de prendre des photos. On aperçoit les deux drapeaux des sœurs ennemies, qui flottent au vent en se faisant face, symbolisant le sentiment de défiance qui règne entre les deux pays. On voit des collines, quelques usines parfois implantées par des entreprises du Sud. On voit aussi des champs, et les paysans qui les travaillent. On voit tout ça au moyen de jumelles qui fonctionnent pour 500 wons, quelques dizaines de centimes. Et même si l’on réprouve cette mise en scène et cette espèce de voyeurisme, on ne peut s’empêcher de vouloir regarder à travers ces lunettes. Le seul moyen d’essayer de ressentir la détresse, le désespoir de ceux qui sont « du mauvais côté », de percevoir la misère dans laquelle on les fait vivre, et dont ils n’ont sûrement plus conscience. Car finalement, eux non plus n’ont pas le choix. Ils portent certainement cette haine envers les Sud-Coréens par habitude, eux aussi. Parce qu’on leur a toujours répété la même chose, qu’il y a les « bons » et les « mauvais ». Là, on se dit que les paysans sont à 300 mètres de la liberté, mais que s’ils traversent cette zone et franchissent la frontière, la sanction est immédiate et fatale. Quel sentiment étrange qui nous met mal à l’aise…

Et on ne comprend pas pourquoi, comment cela est-il possible de n’avoir formé qu’un seul pays et d’entretenir de telles relations. Pourquoi ces quelques centaines de mètres qui les séparent ont en réalité l’air d’être des années lumières. Et on se dit que la réunification restera peut-être une utopie pour des milliers de familles déchirées.

Date du reportage: septembre 2012

Virginie François

Journaliste au Progrès née le 26/05/1982. Voudrait poser le pied au moins une fois sur chaque continent. Reprendrait bien un peu d’Asie.

4 commentaires

  1. Marcelle Lavrinzuk

    On a envie de se dire aussi qu’un jour la réunification se fera. Tous Les tyrans un jour ou l’autre tombe. C’est l’histoire qui nous le démontre, D’abord l’Allemagne de l’est, puis l’URSS, puis la Chine, pourquoi la Corée n’arriverait t’elle pas, elle aussi à surmonter cette époque tragique.
    Peut être qu’il faudra encore des décennies pour y arriver; mais un jour toute la barbarie prend fin, comme si il ne pouvait en être autrement. Alors seulement la vie normale des peuples peut reprendre son cours, et vient le temps de l’oubli, du pardon. Mais que de souffrances et de tyrannie les hommes doivent subir. Que de vie volée aux noms d’idéologie, de croyance ou de folie.

    • Virginie François

      Une première étape consisterait au moins à laisser les hommes circuler librement entre les deux pays et surtout, il faudrait que les Nord-Coréens puissent sortir du pays. Mais même cela paraît impossible à court ou moyen terme. Il en faut effectivement pas perdre espoir…

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