Corée du Nord : de « l’autre côté » de la frontière

Kaesong, DPRK

Au mois de mars dernier, j’ai passé une semaine en Corée du Nord. Une semaine insuffisante pour y réaliser un véritable travail de journaliste, nécessitant de vérifier les informations données. Ainsi, seul le témoignage à la première personne est envisageable. Ce que je raconte ici ne reflète en aucun cas la réalité d’une situation tendue et changeante d’un pays cristallisant l’attention médiatique ces dernières semaines. Il m’est impossible de savoir dans quelle mesure ce que j’ai vu et entendu est vrai. Par ailleurs, ce témoignage se doit d’être anonyme parce que les journalistes sont interdits sur le territoire nord-coréen : témoigner en mon nom risquerait de mettre à mal l’agence par laquelle je suis passée ainsi que les guides rencontrés sur place.

« La situation est tendue »

Quelques mois après la visite de la DMZ, la zone démilitarisée entre les deux Corées, par Virginie François, j’ai approché cette frontière particulière côté nord en mars 2013. La visite, prévue en matinée au coeur d’une semaine passée dans ce pays si difficile d’accès, suscite un intérêt particulier dans tout le groupe. Déjà, les médias occidentaux relayaient les menaces proférées par Kim Jong Un contre les Etats-Unis et la Corée du Sud. Les guides avaient prévenu : « la situation est tendue ».

Lorsque le bus pénètre dans la zone démilitarisée, au sud de la ville de Kaesong, nous sommes invités à visiter de prime abord la boutique de souvenirs. Pendant ce temps – on l’apprendra plus tard – notre bus est fouillé. La première étape de la visite a lieu dans une petite pièce, où un militaire détaille la géographie de la zone sur une grande carte. Les lignes du nord, les lignes du sud. A l’entrée du site, une affiche de propagande présente deux gamins hilares, symbolisant la réunification des deux Corées.

La « grande victoire coréenne » face aux USA

Ensuite, alors que les bus ont déjà passé le « portail », nous devons nous ranger l’un derrière l’autre, puis passer un à un devant des militaires avant de prendre une petite porte et un couloir jusqu’à notre bus. Nous faisons quelques centaines de mètres, au pas. A la descente, nous nous trouvons face à un immense terrain vague où l’on nous désigne, tout près, le drapeau nord-coréen, et, à quelques encablures, le cousin du sud.

Puis, nous sommes invités à entrer dans une pièce où se trouve une grande table : c’est ici qu’en 1953, Américains et Nord-Coréens discutèrent la fin de la guerre de Corée. Ici, nous entendons les termes « grande victoire coréenne », « échec des américains ». Plus loin, un autre espace prétend présenter l’endroit où fut signé l’armistice. « Vous voyez que les Américains ont choisi de siéger avec le drapeau des Nations Unies, et non le drapeau national. Et voyez comme le drapeau a perdu ses couleurs avec le temps, alors que pour nous, la victoire est toujours forte », affirme lourdement la guide. Ah.

Vraie-fausse tension ?

Du fait de la situation actuelle, il sera impossible de voir la fameuse « baraque bleue » où les représentants des deux Corées peuvent parlementer. Nous nous cantonnons au balcon d’un grand bâtiment faisant face à son exact jumeau, où nous dévisagent d’autres personnes, des touristes et des Sud-Coréens, sans doute.

En comparaison à la découverte culturelle vécue en Corée du Nord, la DMZ ne sera pas le meilleur souvenir. Propagande trop évidente, vraie-fausse sensation de tension, qui m’a semblé surjouée et qui me laisse une question sur les lèvres : pourquoi ferait-on venir des touristes si la situation était vraiment aussi tendue ?

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