Croatie : Dubrovnik, phénix de l’Adriatique

Dubrovnik après les bombardements

La ville de Dubrovnik a mis un voile sur les années de guerre pour redevenir la « Perle de l’Adriatique » et attirer les touristes qui devraient être encore plus nombreux avec l’entrée dans l’Union européenne le 1er juillet 2013.

Sa position géographique au bord de la mer, son climat doux et ensoleillé, ses remparts impressionnants et ses monuments majestueux, la ville de Dubrovnik, en Croatie, semble avoir été touchée par la grâce depuis sa fondation au VIIème siècle. Ce n’est pas un hasard si elle est surnommée « Perle de l’Adriatique ».

Pourtant, la cité n’a pas été épargnée par les tragédies au fil de son histoire. En flânant dans la vieille ville, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, entre l’agitation de l’artère principale et la quiétude des petites ruelles, difficile de s’imaginer que ce lieu majestueux a connu des heures bien sombres.

Dubrovnik, ville deux fois détruite

En 1667, d’abord, un tremblement de terre a ravagé Dubrovnik, emportant plus de 5 000 vies humaines, soit la moitié de la population. Au-delà du drame humain, les dégâts matériels furent très importants. Cette catastrophe a marqué un tournant dans l’architecture de la ville. Le style baroque a largement inspiré sa reconstruction, comme en témoigne la cathédrale de l’Assomption, qui reste encore aujourd’hui, le plus bel édifice de la vieille ville.

Beaucoup plus proche de nous, au début des années 1990, le sang et les larmes coulèrent de nouveau. Mais cette fois, la nature n’y était pour rien. La « Perle de l’Adriatique » n’a pas échappé aux attaques de l’Armée populaire yougoslave lors de la guerre d’indépendance de la Croatie. Le 6 décembre 1991 a été la journée la plus tragique pour Dubrovnik avec des bombardements intensifs qui ont fait treize morts et soixante blessés.

Sur la devanture de sa galerie d’art, dans l’une des ruelles de la vieille ville, un homme expose des photos de ce jour noir pour Dubrovnik. Y figure également son témoignage : « Ce fut le plus triste vendredi de l’histoire de la ville. A 7 heures 10, un des premiers obus à frapper la ville, toucha notre maison. A 7 heures 20, un autre mit le feu. Après avoir essayé d’éteindre avec quelques bouteilles d’eau, nous avons dû abandonner notre habitation en flammes. J’ai alors porté ma mère, âgée de 88 ans, jusqu’à chez nos voisins. Avec un espoir illusoire, je suis retournée chez nous avec des bouteilles et des jerricanes remplies d’eau. Mais un peu plus tard, à la tombée de la nuit, sept obus de mortier se sont abattus sur la maison qui a fini en cendres. Dieu merci, nous étions tous sains et saufs. »

Un récit poignant qui est une des seules références au conflit entre les remparts de la vieille ville dont près de 70 % des bâtiments furent touchés directement ou indirectement par les bombardements. La douleur est encore trop vive pour la population dont la majorité a connu la guerre. Dubrovnik n’est pas prête pour mettre en place un tourisme de mémoire. Un Musée de la guerre a bien vu le jour mais il est en périphérie de la ville, sur la montagne la surplombant.

Hotel à Plat bombardé et pillé pendant la guerre

Les hôtels portent les stigmates de la guerre

Les stigmates des années de conflit sont, en revanche, visibles, à quelques kilomètres de là, le long de la côte où trônent de gigantesques bâtiments construits dans les années 1970. Des hôtels bombardés et pillés au début des années 1990, laissés à l’abandon, les chats sauvages y ont remplacé les touristes. Les fonds manquent pour la réhabilitation de ces lieux, propriétés de l’Etat croate.

Le parallèle avec Dubrovnik est saisissant. La restauration de la cité, notamment grâce à l’aide de la communauté internationale, a parfaitement respecté sa tradition architecturale. La « Perle de l’Adriatique » a retrouvé l’écrin qu’elle mérite mais aussi les touristes fascinés par sa beauté (ils étaient 600 000 avant la guerre chaque année, ils étaient plus de 3,5 millions l’an dernier). Ils devraient, d’ailleurs être encore plus nombreux avec l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne en ce mois de juillet 2013.

Caprices de la nature ou folie des hommes, Dubrovnik s’est toujours relevée, encore plus belle.

Alexandre Pauze

Journaliste... surtout pendant les vacances. Né le 23/09/1982.

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