Dix idées reçues sur l’Iran qu’on a voulu vérifier

Citadelle de Shiraz

1. L’Iran est un pays plein de barbus

Oubliez les terroristes et les intégristes. Les attentats commis en Iran sont rarissimes (le dernier remonte à 2009 vers la frontière pakistanaise). Quant aux fanatiques religieux, on en trouve quelques-uns à Qom, une ville conservatrice au sud de Téhéran, mais pas dans le reste du pays. Et puis, même question « look », à de rares exceptions, les Iraniens ne portent pas la barbe. Ils connaissent nos a priori sur la question et s’en amusent lorsque vous conversez avec eux : « Vous savez, les talibans, ce n’est pas chez nous…».

2. La religion est présente partout

Toutes les femmes doivent porter le voile, c’est la loi islamique. Mais il y en a très peu avec le niqab (le voile intégral). On voit aussi des versets du coran affichés sur les écoles. Mais on ne trouve pas de mosquée à chaque coin de rue. Et à l’heure de la prière, pas grand-monde ne s’y rend : priorité au travail et au business. Dans les conversations, idem : on vous parlera de votre pays d’origine, de votre métier, de votre famille… Jamais de religion.

3. On est contrôlé à chaque coin de rue

Les policiers aux carrefours sont là avant tout pour la circulation (le trafic dans les villes est infernal). Ailleurs, ils sont surtout chargés de contrôler la vitesse sur les routes (il y a actuellement une grande campagne de sensibilisation contre l’insécurité routière). Sur les deux semaines de séjour que nous avons passées en Iran, on ne nous a jamais demandé nos papiers. Quant aux militaires, on en a croisé quelques-uns en faction devant des bâtiments administratifs (préfectures, tribunaux), jamais dans la rue.

4. Il ne faut pas parler politique ou nucléaire

La première fois qu’un Iranien aborde le sujet, on se dit qu’il nous tend un piège. Et puis on comprend vite que non : la politique n’est pas un sujet tabou et les Iraniens ne se privent pas de critiquer le régime (surtout les jeunes). Sur le nucléaire, en revanche, la position est unanime : « Pourquoi n’aurions-nous pas droit de produire de l’électricité avec du nucléaire ?» demandent-ils. Et ils n’attendent qu’une chose : que les discussions engagées pour lever les sanctions économiques aboutissent. Car le pays est exsangue, entre un chômage élevé, une inflation galopante et une monnaie fortement dévaluée. D’ailleurs, le coût de la vie n’est pas cher par rapport à la France : on peut prendre un repas au restaurant pour 4 euros, et une nuit dans un hôtel 4 étoiles pour 25 euros.

5. Les femmes sont opprimées

Certes, elles ont l’obligation de porter le voile. Mais elles peuvent faire preuve de beaucoup d’imagination pour se soumettre à cette règle (un simple fichu enroulé négligemment fait l’affaire). Et elles peuvent travailler, conduire, sortir seules, se balader main dans la main avec leur conjoint… Rien à voir avec les pays du Golfe. D’ailleurs, les Iraniens sont en général très galants, toujours prêts à laisser leur place ou à tenir la porte aux femmes.

6. Les Iraniens n’aiment pas les occidentaux et les Juifs

Les touristes occidentaux sont un vrai sujet de curiosité. Normal, les Iraniens n’en voient pas beaucoup. C’est pourquoi ils viennent très souvent vous aborder pour discuter. Ça se fait en anglais (la plupart le parle) et la conversation démarre toujours par « where are you from ? » (d’où venez-vous ?), suivi d’un « welcome » (bienvenue). A chaque fois, nous avons a été surpris par leur gentillesse : ils sont toujours prêts à vous donner un renseignement ou un coup de main. Pour eux, les problèmes entre l’Iran et l’Occident viennent des gouvernements, pas des peuples. Que vous soyez Français, Anglais ou Américains, vous serez bien accueillis. Les Iraniens n’ont rien non plus contre les Juifs mais sont très critiques envers la politique d’Israël. A noter que les Juifs peuvent pratiquer leur religion en Iran (on en compte environ 25 000), tout comme les chrétiens d’ailleurs (250 000).

7. Le climat est chaud et sec

Oui dans le sud et l’est du pays, où le désert prédomine. Là, les températures dépassent largement les 40° l’été. Mais au nord et à l’ouest, les montagnes culminent à plus de 3000 mètres ; et le Mont Damavand, aux portes de Téhéran, fait 5671m. La neige et le froid sont bien présents en hiver (on a enregistré -17° en février 2014), et d’ailleurs les stations de ski sont nombreuses. Au bord de la mer Caspienne, le climat est plus doux mais humide.

8. Il n’y a pas grand-chose à visiter

Si, si… Déjà culturellement, l’empire perse a laissé de fabuleux sites archéologiques, au premier rang desquels figure Persépolis, cette citée fondée au 6ème siècle avant JC. Il y a de nombreux monuments islamiques, notamment à Ispahan, où on trouve les fameuses mosquées aux mosaïques bleues. Shiraz, considérée comme la capitale de la culture et des arts, abrite de très beaux jardins.

Sinon, les amoureux de la nature trouveront leur bonheur dans le grand désert de Dasht-e Kavin (800 km sur 320) ou les monts Zagros (cinq sommets à plus de 4000 m). Et pour la plage, direction les 1700 km de littoral du Golfe persique. Outre les musulmans des pays alentours, de plus en plus de Chinois, d’Indiens et de Russes font du tourisme en Iran. Les occidentaux sont encore marginaux.

9. C’est un pays en voie de développement

C’est un pays déjà bien développé : aéroports et autoroutes sont quasiment aux standards européens. Les hôpitaux aussi. D’ailleurs, un tourisme « médical » se développe car la mode, pour les femmes de la région, c’est de se faire refaire le nez… Sinon, c’est sûr que les réseaux électriques ne sont pas de première jeunesse et que le tout-à-l’égout n’existe pas partout. Mais on compte des hôtels de luxe et des centres commerciaux ultra-modernes, et le wifi passe (presque) partout.

10. Mais au moins, on doit bien manger

Bof, bof… A la différence des pays du Moyen-Orient, pas de houmous, de mezzés ou de feuilles de vignes. Le plat principal, en Iran, c’est kebab/riz, poulet/riz ou brochettes d’agneau/riz. Beaucoup de riz, donc, et c’est un peu lassant. On se rattrape sur les pâtisseries et sur les glaces. Quant à l’alcool, officiellement, c’est interdit ; officieusement, on en trouve au marché noir. Aux alentours de Shiraz, dans le sud, on trouve même encore des petits producteurs de vin dans des villages reculés (on en produisait beaucoup dans la région avant la révolution islamique).

Et sinon ?

Le décalage horaire est de deux heures… et demie (!), les Iraniens sont fans de la 405 Peugeot (on en croise partout), un tapis perse coûte en moyenne un mois de salaire (400 dollars), et si la monnaie officielle est le rial (1 euro = 40 000 rials), les Iraniens parlent encore en toman, l’ancienne monnaie (1 euro = 4000 tomans).

Date du reportage : février 2014

Jean-Hugues Allard

Journaliste au Progrès né le 01/01/1973. Habituellement enfermé dans les tribunaux pour couvrir des procès pour Le Progrès, j’aime bien m’évader pour des contrées lointaines. Surtout là où il n’y a pas trop de touristes. Là où on est peinard, quoi…

11 commentaires

  1. Excellent article, sauf sur la cuisine, où je ne suis pas d’accord. Pour y avoir été un mois, en 2009, on y mange très bien, et d’autres plats que l’éternel Kebab.
    Concernant la religion, les femmes iraniennes ont fait de leur obligation de porter le voile un élément supplémentaire à leur beauté, en portant des foulards de couleurs vives. De plus, en plein ramadan, nous avons pu manger une glace à la sortie du mausolée de l’ayatollah Khomeini, et je peux vous dire que nous n’étions pas les seul !!! Des Iraniens le faisaient aussi, et en plein jour !!! Devant la mosquée d’Ispahan, un majestueux mollah engage la conversation et nous parle de nous, de la France, du Coran… Et de conclure en disant : « de toute façon, que l’on soit musulman, juif ou chrétien, nous adorons tous le même dieu »…
    Concernant le climat, nous avons eu du 45-50 °C dans le désert, et de la pluie pendant 2 jours dans les montagnes.
    Enfin, le point que je retiendrais de ce voyage, c’est la générosité des gens : combien de fois avons-nous été invités à manger par de parfaits inconnus, du simple berger d’Alamut, la forteresse des Assassins, à l’ingénieur du secteur pétrolier, fils de médecin ? Le boulanger vous offre le pain que vous venez acheter dans son échoppe ! L’homme à qui vous demandez votre route hèle un taxi et vous emmène lui-même à destination. Et bien évidemment, il paye la course….
    Bref, un voyage magique que j’espère renouveler le plus tôt possible ! La meilleure façon d’aider les Iraniens est d’aller visiter leur pays, d’autant plus que leur nouveau président semble plus ouvert à la conversation…

    • Jean-Hugues Allard

      Merci pour le retour d’informations.
      J’avoue, je suis un peu difficile pour la nourriture… Et puis c’était l’hiver, particulièrement rigoureux cette année (dans le nord, des routes ont été bloquées par deux mètres de neige !), et les récoltes n’ont pas été très bonnes. Ceci explique peut-être cela…

  2. Magnifique ce reportage! !! Très intéressant et complet. On a juste envie d’y aller finalement. Je savais par des amies qui y avaient vécu que l Iran est quelque part tres cultivé. Merci de toutes ces contre idées reçues. Maryse

  3. Merci pour cet article qui m’a rappelé d’extraordinaires vacances et surtout tout ce que j’ai pu entendre avant d’y aller. Malheureusement l’Iran, ou plutôt la République islamique d’Iran, est un pays qui fait peur à la plupart des français. J’espère que de tels reportages et les témoignages qu’ils suscitent permettront d’avoir un regard plus juste sur ce pays et surtout sur ses habitants qui sont les plus accueillants et ouverts que j’ai eu l’occasion de rencontrer au cours de mes divers voyages. Et oui la loi islamique n’est pas entrée dans les esprits des iraniens…

  4. Belle invitation à la réflexion.

  5. Bonjour, je viens de lire ton article et je suis assez surpris par ceci « et une nuit dans un hôtel 4 étoiles pour 25 euros ». En effet je pars en Iran en octobre et je suis en train de chercher des hôtels dans plusieures villes. A Téhéran les hôtels 1 * sont a ce prix la mais pour un 4* il faut plutôt compter minimum 100euros..(lonely planet).Aurais – tu des adresses pour l’hébergement a communiquer s’il te plait? Merci pour cet article

    • Hélas non, pas de bon plan à soumettre… Mais octobre, c’est encore la haute saison touristique (j’y étais en février), et les hôtels à Téhéran sont plus chers qu’ailleurs. Mais il ne faut pas hésiter à négocier les prix.

  6. Bonjour,

    Très intéressant, belles photos, on en oublierais presque les quelques 300 000 prisonniers politiques !!! Je vis actuellement avec une Iranienne en France and je peux vous dire que certaines idées reçues sont bien vraies.
    Malheureusement quand un touriste se rend en Iran, les autorités ont tout intérêt à ce qu’il reparte avec une bonne image du pays, en revanche sacher que des Iraniens ayants fuit leurs patrie après la révolution ou la guerre ( Iran-Iraq), ne peuvent toujours pas y remettre les pieds !!!

    Alors oui l’Iran est un magnifique pays sur le plan culturelle, gastronomique, ect…
    Les Iraniens sont des gens formidablement accueillants, mais hélas avec un gouvernement plus que criticable !
    Evidemment il ne faut pas croire sur parole TF1, Lemonde … Mais il ne faut pas non plus croire que ce type de road trip après demande de visa épluché par les renseignements Iranien vous permettra d’avoir une vision objective des évènements.
    Gardons a l’esprit ce slogan par exemple « Where is my vote? » qui a secoué la diaspora Iranienne à travers le monde, ou encore les manifestations de 2009 et 2011 …

    Espérons qu’un jour l’Iran soit un pays libre, et que des familles puissent être réunies à nouveau.

  7. Eh bien ce fut fait à mon tour… Je confirme les impressions de Jean-Hugues. Sauf concernant la cuisine. J’ai trouvé ça hyper frais, simple et vachement bon. Sans parler du dough, boisson excellente. J’ajoute que l’accueil est formidable (les invitations spontanées, sans aucun calcul, sont régulières et réjouissantes). Et je précise sinon qu’il faut être, comme partout en voyage, vigilant pendant ses balades (j’ai été victime à Téhéran d’un très coûteux vol à l’arraché à deux jours du départ…) PS : concernant le niqab (voile intégral), ce n’est pas une tenue islamique dans la tradition shi’ite (tchâdor) et le port du tchâdor reste très répandu même si cela semble davantage le fait de femmes plus âgées

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