Italie : le petit monde de Don Camillo n’a pas changé à Brescello

Que faire à Brescello ?

Que faire à Brescello ?

Brescello n’a pas changé

Impossible de ne pas se rappeler de cette place, sur laquelle trône une imposante église, tellement les cinq films principaux de la saga « Don Camillo » passent et repassent en boucle sur le petit écran. Le duo Fernandel (Don Camillo)-Gino Cervi (Peppone) a fait, à lui seul, la réputation de Brescello, un village de 5000 âmes sur la plaine du Pô, à 21 km au nord-est de Parme.

Depuis 1952, année de sortie du premier opus de la série, tout le monde connaît cette bourgade qui, plus d’un demi-siècle plus tard, continue de vivre à l’heure de son curé dérangé du bulbe et de son maire stalinien. Et même si, aujourd’hui, ces films prêtent à sourire par leurs grotesques caricatures (le méchant maire communiste simplet opposé au cultivé homme d’église réactionnaire qui gagne toujours à la fin), ils ont fait naître une certaine tendresse chez les amateurs de comédies cinématographiques qui ont su mettre de côté le contexte politique de l’époque au profit de l’admiration pour un duo comique.

Un romancier très controversé

À l’origine des personnages de Don Camillo et Peppone, adaptés plusieurs fois au cinéma : Giovannino Guareschi, journaliste et écrivain. En 1938, le nom de cet auteur italien apparaît dans la liste des personnalités qui ont publiquement apporté leur soutien aux lois raciales fascistes de Benito Mussolini. En 1943, ce même Giovannino Guareschi a été interné dans un camp polonais, comme de nombreux soldats italiens, parce qu’il avait refusé de se battre aux côtés des Allemands après la toute fraîche alliance entre l’Italie et des Alliés en train de libérer la Botte… Ces deux faits idéologiquement contradictoires sont avérés et les controverses vont bon train, encore aujourd’hui, de l’autre côté des Alpes à propos du père de Don Camillo, l’un des auteurs italiens les plus lus dans le monde.

Ses détracteurs arguent qu’il n’a jamais caché ses idées d’extrême-droite et son anticommunisme primaire, ses admirateurs affirment qu’il n’existe aucune preuve que Giovannino Guareschi ait donné son accord pour apparaître dans la liste de soutien aux lois du Duce. Une chose est certaine : au cours de cette période trouble de l’histoire italienne, nombreux sont ceux qui ont changé de camp pendant le décisif été 1943.

La naissance d’un curé anticommuniste

Giovannino Guareschi a créé le personnage de Don Camillo en 1948, alors même que la Guerre froide se construit petit à petit, que Staline dirige d’une main de fer l’URSS et que le Parti communiste italien (PCI) est le plus influent d’Europe occidentale avec son homologue français. C’est, donc, dans une atmosphère très sensible que naît ce curé de campagne anticommuniste.

Statue de Fernandel

Statue de Fernandel

Paradoxalement, ce contexte a permis au personnage d’acquérir sa popularité jusqu’à être porté une première fois à l’écran en 1952 par le réalisateur français Julien Duvivier (auteur du célèbre « Pépé le Moko » avec Jean Gabin en 1937).

Le village de Brescello, en Émilie-Romagne, région d’origine de l’auteur, est alors choisi pour ce premier opus, « Le Petit monde de Don Camillo ». Pour la petite histoire, c’est Gino Cervi qui devait jouer le rôle du curé et… Giovannino Guareschi, lui-même, celui de Peppone. Mais suite à des essais peu concluants, l’auteur du roman ne fera finalement pas partie de la distribution, tandis que Gino Cervi prendra le rôle du maire et Fernandel celui du curé.

« Le Petit monde de Don Camillo » fera un carton à sa sortie en France avec près de 13 millions d’entrées ! À noter que le tournage, à Brescello, n’a pas été de tout repos puisque les militants communistes locaux ont maintes fois tenté d’empêcher le tournage.

Le film tournait trop en dérision le PCI, deuxième force politique du pays, encore alignée sur Moscou à l’époque avant de tendre la main aux catholiques-démocrates et de prendre des mesures d’éloignement avec Krouchtchev en 1956.

Une saga devenue culte

Avec celle des « Gendarmes » de Saint-Tropez, la saga des Don Camillo est sans aucun doute la plus célèbre de l’Hexagone. Le duo Fernandel-Gino Cervi a été opposé dans cinq films de la série: « Le Petit monde de Don Camillo » (1952, réalisé par Julien Duvivier), « Le retour de Don Camillo » (1953, Julien Duvivier), « La Grande bagarre de Don Camillo » (1955, Carmine Gallone), « Don Camillo Monseigneur » (1961, Carmine Gallone), et « Don Camillo en Russie » (1965, Luigi Comencini).

Deux autres « Don Camillo », méconnus, ont cependant été tournés. En 1970, Christian-Jaque avait démarré le tournage de « Don Camillo et les contestataires » qui fut interrompu par le décès de Fernandel en 1971, suivi de l’abandon de Gino Cervi qui ne souhaitait pas un autre partenaire que l’acteur français. C’est le réalisateur Mario Camerini qui reprendra le film avec deux autres comédiens italiens. À sa sortie en 1972, ce sixième opus fut totalement boudé par le public.

Quant au remake du « Petit monde de Don Camillo » proposé par Terence Hill en 1983, qui ne fut pas tourné à Brescello mais à Pomponesco, en Lombardie, il n’eut pas davantage de succès.

Brescello à l’heure de la série

Si le village de Brescello n’a pas résisté à la modernisation, force est de reconnaître que les principaux lieux des films de la série ont quasiment gardé le même aspect. Aujourd’hui, tout est estampillé « Don Camillo » ou « Peppone ». Les cafés, les hôtels et les glaciers portent tous l’un des deux noms des personnages principaux de cette saga naïve. Il est, évidemment, possible de se procurer tout ce qui existe en bibelots souvenirs à l’effigie de Fernandel et de Gino Cervi.

Un musée retraçant tous les « Don Camillo », comprenant des objets conservés des tournages, a même vu le jour à deux pas de la place centrale sur laquelle on retrouve la massive église et la mairie. Les arcades des rues, la gare, et même la maison du peuple (« Casa del popolo ») ont été conservées comme telles. Un vrai pèlerinage que les fans des deux acteurs principaux ne manquent pas de faire à l’occasion d’un passage dans cette région du nord de l’Italie, sur la route qui relie Parme au lac de Garde.

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Frédéric Sauron

Journaliste au Progrès né le 15/05/1978. Coups de coeur: Europe de l'Est et proche-Orient.

4 commentaires

  1. Bonjour, j’ai lu sur votre site que pour les intérieurs de l’église dans les films de Don Camillo, c’est celle de Guastalla. Cela est faux. J’ai reçu un message du fils de Guareschi, qui a gentiment répondu à mon message et il confirme (comme cela est noté dans les génériques des films) que pour les intérieurs de l’église des 3 premiers films, cela a été tourné aux studios de Cinecitta à Rome et pour les deux derniers films, c’est l’intérieur de l’église de Brescello (reconnaissable au perchoir). J’avais lu cela (avant que le fils Guareschi me le confirme) sur Wikipédia et sur le mur d’un groupe Italien sur Facebook « Gruppo Amici di Giovannino Guareschi ». Vous pouvez, à présent, rectifier cette petite erreur. Je vous remercie. Je vous souhaite un agréable weekend.

  2. Films peut-être naïfs (?) pour vous, mais toujours aussi formidables à regarder, avec -en outre !- leurs dialogues si savoureux et inoubliables, qui n’ont pas pris une ride ! vv Don Camillo ! vv Peppone !

  3. Pour une expo en FRANCE ( 2 jours ) je cherche une moto ( type celle utilisee dans le film DON CAMILLO . Merci si vous pouvez m ‘aider

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