« Je voyage autrement car j’ai été dégoûté par l’argent »

Clement Burelle

Jeune Grenoblois qui vit plus de huit mois par an à l’étranger, Clément Burelle a décidé de nous faire partager ses photos. C’est avec lui que nous avons le plaisir d’inaugurer la rubrique « L’invité de Caraporters ».

Âgé de 26 ans, Clément Burelle a un parcours de routard absolument atypique. Snowboardeur professionnel, il a, un jour, décidé de tout plaquer pour parcourir le monde. Il est actuellement au Burkina-Faso et devrait rejoindre le Bénin. Un nouveau voyage de 4 mois : « Je remonterai par le Togo, mais c’est comme d’habitude, ça se passera en fonction des rencontres sur place ».

Clément, comment on passe de professionnel du snowboard à voyageur du bout du monde ?

Quand j’étais en BTS marketing, je pratiquais le snowboard de compétition et j’ai fini par gagner ma vie grâce à ce sport. Puis, j’ai abandonné parce que je n’ai pas aimé la mentalité de ce métier, très hautain, narcissique. Grâce à mes résultats en compétition, j’avais pu mettre de l’argent de côté et ça m’a permis d’acheter un studio et que j’ai retapé. Depuis, je n’ai plus de métier (il a démissionné en 2009, NDLR) et je vis juste avec la location de ce studio et ça me permet de voyager depuis 4 ans. En fait, je crois que j’ai été dégoûté par l’argent. Mon premier voyage tout seul, c’était en Papouasie/Nouvelle-Guinée. Ce fut une révélation. J’ai pris goût aux voyages, à la route, à ses rencontres, à ces instants éphémères où on se voit agir et réagir face à la découverte. J’ai eu envie de vivre autrement, en travaillant dans les pays que j’allais visiter.

Quels genres de travaux ?

En fonction de mes rencontres, j’ai fait différents boulots. En Bolivie, au Guatemala ou en Papouasie-Nouvelle Guinée, j’ai fait du jardinage. Au Mexique, j’ai travaillé dans une auberge, au Salvador dans un restaurant, au Panama, j’ai nettoyé des voiliers… À chaque fois, je n’ai jamais demandé quelconque rétribution, juste de quoi manger et dormir.

Clement Burelle

Vous avez, depuis, découvert la photographie…

Oui grâce à un ami photographe, John Sylvoz. D’un simple outil, la photographie est devenue une passion. Désormais, elle m’accompagne dans tous mes voyages, elle est ma confidente quotidienne. À travers celle-ci, j’essaie de m’exprimer, refléter les sentiments que j’éprouve, et de l’utiliser comme porte-voix, notamment pour aider à la protection des peuples indigènes et de leur savoir. J’ai eu la chance de vivre et d’apprendre auprès de tribus de Papouasie/Nouvelle-Guinée, de refaire le monde en compagnie des Touareg d’Algérie, d’échanger avec les indiens Ngobe du Panama, les Kallawayas de Bolivie, les Tzutujil du Guatemala…. J’avais envie de raconter mes voyages, mais je ne savais pas comment, alors je me suis mis à la photo.

Des fois, j’en vends à des magazines. Il y en a même une qui a fait la couverture d’un livre. Mais je ne me considère absolument pas comme un photographe et je fais attention, je ne veux pas renouveler la même erreur, à savoir, monétiser ma passion. Je fais aussi pas mal de montages vidéos pour des associations à but humanitaire comme en Bolivie pour aider les Kallawaya (un peuple andin spécialisé dans la pratique de la médecine traditionnelle).

Vous avez donc participé à de nombreux projets humanitaires ?

Aujourd’hui, je m’implique quotidiennement auprès de l’association Globetrotte 4 Peace que j’ai co-fondée avec Julien Masson, afin de soutenir différents projets humanitaires comme Quetzal ou la construction d’une école au Bénin…

Des projets assez loin du marketing et du snowboard professionnel…

La tournure que la société occidentale prend m’effraie. L’écart se creuse entre les peuples, des cultures millénaires disparaissent en quelques années, et des famines ont lieu quand d’autres jouent des fortunes à Las Vegas. L’individu a pris le pas sur l’humain, la société de « l’avoir » a pris le pas sur « l’être ». A travers ces rencontres, je souhaite partager des regards, des réflexions, des philosophies de vie. Ce monde va trop vite et je suis conscient je ne peux pas changer les choses, mais lorsque je voyage, je souhaite apprendre et me rendre utile aux côtés de gens humbles, simples et loin de notre société de consommation qui régit notre quotidien. Comme le disait le philosophe André Compte-Sponville : « L’humanité n’est pas une essence qu’il faudrait contempler, ni un absolu qu’il faudrait vénérer, ni un dieu qu’il faudrait adorer. Elle est une espèce qu’il faut préserver, une histoire qu’il faut connaitre, un ensemble d’individus qu’il faut reconnaître, enfin une valeur qu’il faut défendre. »

En revanche, n’est-ce pas impossible de combiner votre vie avec une vie de famille ?

Pour l’instant, à chaque fois que j’ai eu à choisir entre l’amour et la route, j’ai toujours choisi la route. Ça changera sans doute un jour ou l’autre, je ne sais pas si c’est par lâcheté, peur de la routine ou simplement que je n’ai pas rencontré encore celle qui serait capable de me faire voyager d’un simple regard. Ce qui est sur, c’est qu’à l’heure d’aujourd’hui, je ne me sens pas d’habiter dans une maison! Un voilier? Affaire à suivre…

 

Retrouvez Clément Burelle sur son propre site.

Découvrez également les photos commentées de Clément
dans notre rubrique « Diapos »

 Portrait papou

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    Degoute de largent

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