La croisière s’amuse… ou pas (3/6) – Tunis

Sur les toits de Tunis

En ce mois de décembre, le ciel est aussi bleu que la mer. Les températures dépassent allègrement les 20°C. Bref, une journée idéale pour partir à la découverte de la médina de Tunis, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est une des plus belles et des plus riches du monde islamique. Pour une première dans ce pays, le choix est donc fait. Ce sera Tunis. Et tant pis pour Carthage et Sidi Bou Saïd… La prochaine fois. Ou peut-être pas finalement.

Rallier le centre-ville : le parcours du combattant

Exit, une nouvelle fois, les excursions proposées sur le bateau. Il est hors de question de se promener dans la médina, avec un autocollant apposé sur la poitrine, à suivre un guide qui va nous conduire dans quelques pièges à touristes et nous montrer deux ou trois monuments à ne pas rater. On les trouvera bien par nous-même. Mais à peine descendus du bateau, accueillis par trois dromadaires et deux fauconniers (c’est pour les photos avec les croisiéristes !), la galère commence.

Mosaïque

Taxi ? Train ? Bus ? Pour aller au plus simple, le taxi semble le plus adapté. Mais attention au piège. Des taxis, il y en a à perte de vue sur le port. Un joyeux bordel ! Sont-ils officiels ou non ? Difficile de le savoir. D’autant que tous les chauffeurs vous sautent dessus. A 8 heures du matin, la scène est assez « violente ». Après avoir tenté de nous faire sortir du port, pour rejoindre son cousin, et devant notre refus, notre « rabatteur » nous trouve finalement un taxi « officiel ». Ça, c’est moins sûr mais on va fermer les yeux. Tambour battant, sans ceinture de sécurité digne de ce nom, le chauffeur nous conduit au cœur de la ville. Non sans avoir eu un petit contrôle de police avant. Pour quelles raisons ? Le chauffeur ne lâchera rien si ce n’est quelques énormités… Le « Big Ben » tunisien en vue, fin de parcours avec le taxi. Ouf ! Le retour, quant à lui, sera tout aussi folklorique.

Touristes naïfs, prenez garde à vous

Après quelques pas sur l’avenue Bourguiba, un autre « piège » attend le touriste. Mais il ne le sait pas encore. En même temps, en ce qui nous concerne, quatre Français – dont deux enfants (un en poussette) – la proie est trop belle. Et nous trop bêtes ? Certainement.
Il est sympa ce Tunisien qui met en garde : « Gardez votre sac à dos devant… Je conseille ça à tous les touristes car il y a des vols dans la médina. »
Il est encore plus sympa, ce pseudo « douanier », qui voit débarquer les croisiéristes, d’offrir quelques pâtisseries tunisiennes aux enfants, de nous balader dans la médina, de nous conseiller : « Surtout, n’achetez rien à l’entrée de la médina, dans ces souks, il n’y a que des produits faits en Chine… » (Il a raison d’ailleurs).

Il le sera beaucoup moins quand il vous fait rentrer dans une parfumerie et qu’il parviendra à vous « refourguer » plusieurs fioles d’huiles essentielles, à des prix ne défiant pas toute concurrence ! S’en suit la visite des magasins de bijoux, de tapis… On s’est fait avoir une fois mais pas deux. Faut pas exagérer. Et comme les Tunisiens ne lâchent rien, plusieurs « bons samaritains » vont tenter une nouvelle fois d’« arnaquer » le Français naïf. Non merci, on a déjà donné. En même temps, c’est le jeu !

Envers du décor

De la découverte au malaise

Déambuler dans les souks, se perdre dans les ruelles, découvrir les mosquées, les mausolées et les écoles du Coran cachées dans ce dédale, humer les odeurs des parfums de jasmin (encore eux !) ou de rose, celles des épices (cannelle, cumin et autre curry à rapporter impérativement), manger des gâteaux (comme les makroud aux amandes, pour ne citer qu’eux), admirer les bijoux, monter sur les superbes terrasses des magasins pour une vue sur les minarets des mosquées et des toits de la ville, boire un thé à la menthe devant la Porte de France… Se balader dans la médina est un moment de plaisir intense, qui peut aussi se transformer en malaise.

Deux ans après, la Révolution de Jasmin a laissé des traces… Dans la médina, on rencontre beaucoup…d’hommes, assis devant les échoppes, à fumer la chicha ou à discuter entre eux. Jusque-là, rien de très original, ni d’anormal. On est en Tunisie !
Mais leur regard a parfois quelque chose de malsain. Tenues des femmes occidentales trop dénudées (en même temps au mois de décembre, les touristes de sexe féminin sont couvertes) ?
Quoi qu’il en soit, il existe quelque chose de dérangeant. En même temps, il est vrai que nombre de Tunisiennes sont couvertes de la tête aux pieds (mais attention, il ne faut pas non plus généraliser.

Et lorsqu’on parvient à s’extraire des petites ruelles de la médina, là aussi, ça cloche. Ce ne sont plus les regards qui mettent mal à l’aise mais plutôt la présence, à tous les coins de rue, de l’armée, fusils au poing, tanks et barbelés en renfort. Les places sont « bouclées », les édifices institutionnels largement gardés… Une impression de « guerre civile » se fait sentir. Il parait que c’est pour éviter les rassemblements (ou plutôt les manifestations) du peuple tunisien. Bref, une situation qui ne va pas aider l’économie tunisienne… Le tourisme ayant considérablement chuté ces deux dernières années, même si les Tunisiens vous diront « qu’ils commencent à relever la tête ».

Et puis, certes, si on a effectivement l’impression d’être oppressé par moments, en aucun cas, nous nous sommes sentis en danger dans cette ville !

> NOTE

Dans la médina, privilégiez les souks qui se trouvent près de la mosquée Zitouna car ils sont typiques et proposent des produits tunisiens contrairement à ceux qui sont à l’entrée de la médina. Ils sont « classés » selon les corps de métiers.

En ce qui concerne les transports, les prix restent très abordables, surtout si vous savez négocier. Pour un aller-retour du port de la Goulette au centre de Tunis, il vous en coûtera 50 euros (beaucoup moins en marchandant) pour le taxi (soit 4 personnes). Privilégiez également les taxis officiels (le chauffeur est censé montrer sa carte officielle). Il est possible de prendre le train ou le bus pour quelques euros mais pour une journée, c’est à déconseiller.

Si vous préférez vous rendre dans le superbe village de Sidi Bou Saïd (des maisons blanches aux volets bleus, avec son Café des délices, connus et reconnus) et/ou à Carthage, pour visiter son site archéologique classé à l’Unesco, il vous en coûtera une quarantaine d’euros pour 4 heures (mais là aussi, tout est négociable).

Sur le bateau, bien évidemment, il est proposé de nombreuses excursions : visite de la ville de Tunis (57 euros/adulte et 40 euros/enfant), Carthage (51 euros/enfant, 36 euros/enfant), grand tour de Tunis, avec la visite du musée du Bardo (79 euros/adulte, 55 euros/enfants) ou encore Kairouan, plus au sud (79 euros/adulte, 55 euros/enfant).

Les boissons et la restauration affichent des tarifs défiant toute concurrence. D’ailleurs, si vous êtes de passage à Tunis, n’hésitez pas à aller manger dans la rue Jemâa ez Zitouna, une des rues emblématiques de la médina, juste derrière la mosquée Zitouna. A l’entrée de ce souk (avec de nombreuses babioles pour les touristes) se trouve un petit restaurant qui ne paie pas de mine.
Et pourtant. La cuisine est délicieuse : poulet confit, tajines… Pour quatre personnes, il est possible de manger copieusement pour 16 dinars (soit 8 euros, boisson comprise). On mange sur des tables dans la rue, au milieu des chats (qui sont très nombreux dans la ville), des épices, ou d’un montreur de caméléons. Et comme on est à un pas de la mosquée, on a droit aussi à la prière. Typique !
Les consommations dans les bars sont, elles aussi, peu chères.

Les euros sont bien évidemment acceptés mais c’est un peu moins avantageux pour le touriste car les Tunisiens gonflent (un peu) les prix si on paie en euros. Attention, car bien souvent, seuls les euros en billet sont acceptés (pour le change).

Karine Wierzba

Journaliste au Progrès née le 16/11/1977. A une phobie de l'avion... mais se soigne !

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