Nord Drakensberg : aux sources de l’Afrique du Sud

Nord Drakensberg

L’Irlande. Même celui qui n’y a jamais mis les pieds pense à l’Irlande quand il rallie le Royal Natal National Park depuis Johannesburg : en février, en plein été austral, la saison des pluies dure depuis deux ou trois mois. De chaque côté de la route, d’immenses prairies verdoyantes, un ciel gris, blanc laiteux au mieux, et, régulièrement, un lac, une rivière. Et en plus, on roule à gauche.

Terre rouge

Seule la terre rouge, chaude, qui apparaît de temps en temps au détour d’un mouvement de terrain ou d’un petit séisme, trahit le pays : l’Afrique du Sud.

Plus on s’éloigne de Johannesburg, qui a tout d’une grande métropole mondialisée, plus l’autoroute « N3 » ressemble à une bête route nationale, voire à une étroite départementale… Peu importe : passé le bourg d’Harrysmith, fini l’autoroute. La chaussée est désormais à l’image du pays : aléatoire et pleine de surprises.

A la sortie d'Harrysmith

Le paysage le plus irlandais, c’est juste avant de quitter l’État-Libre… d’Orange : au moment de rejoindre le Kwazulu Natal, un grand lac apparaît sur la droite. C’est le Sterkfontein Dam. C’est aussi la fin des paysages à peu près plats. La frontière avec le Lesotho est toute proche, et de ce côté-là, ce sont d’immenses falaises.

Après une nuit à Bergville, dans un lodge « sauvage » au toit de chaume – mais équipé d’un lit king-size, d’une télé et d’une salle de bains –, c’est parti pour une randonnée le long de la Tugela River, un des grands fleuves de l’Afrique du Sud.

Tugela River

La rivière coule au fond d’une sorte de gorge et prend sa source au sommet du bien nommé Mont-aux-Sources, en français dans le texte, découvert par des missionnaires français il y a près de deux siècles. La montagne, qui s’élève au fond, ne paraît pas si loin, ni si haute. Erreur : ses falaises de 1000 mètres d’à-pic culminent à 3300 mètres, et il faudra des heures pour seulement s’en rapprocher. Deux grands fleuves du pays y ont leur source : Tugela river qui se jette dans l’océan Indien, et Orange river qui traverse le pays jusqu’au Cap.

Tugela FallsL’ensemble des falaises forme l’Amphithéâtre, un arc de cercle de plusieurs centaines de mètres de haut qui enserre la vallée, sur 5 kilomètres de large. D’ici, impossible d’en voir la totalité, on est déjà trop près.
Tout en haut, un peu à droite, on distingue déjà un fin trait blanc : les Tugela falls, la deuxième plus haute chute d’eau au monde, 948 mètres de haut !

Le paysage est escarpé, vallonné, ondulé. Ceux qui pensent que l’Afrique est un continent sec peuvent l’oublier : pendant des mois, ici, il pleut au moins un jour sur deux, et pas qu’un peu. L’air est chaud et humide, comme un soir d’orage violent dans le sud de la France.

Pic rocheux

La randonnée, d’est en ouest, longe la Tugela river, qui sillonne la vallée plus bas. Sillonne, parce que le terrain est onduleux : tout le long de la marche, c’est une alternance rapide de « creux » et de « bosses » le long du flanc de la montagne. Dans les creux, il fait presque frais, humide, un filet d’eau plus ou moins épais coule du sommet, la végétation est dense et les moustiques pullulent.

Trois minutes et 200 mètres plus tard, sur les « bosses », il fait chaud, sec, la végétation se limite à de l’herbe… Et ainsi de suite sur des kilomètres.
De l’autre côté de la vallée, qui devient de plus en plus étroite, des pics rocheux insolites apparaissent.

Creux et bosses

Petit à petit, la cascade semble toujours un peu plus proche… et très loin à la fois. Vu depuis ce côté-là, les habitants du Lesotho n’ont rien à craindre d’une invasion potentielle : la frontière naturelle semble infranchissable. Arrivé à quelques centaines de mètres d’un but qu’on n’atteindra pas, l’immense crête de l’Amphithéâtre se couvre peu à peu de gros nuages sombres, et le paysage n’a plus grand-chose de l’Irlande. Surtout pas le climat : il fait de plus en plus chaud et lourd, il est plus que temps de faire demi-tour. Et de découvrir la vallée, la rivière au fond, le chemin qu’on vient de parcourir, et qu’il faut reprendre.

Joël Carassio

Journaliste en PQR né le 23/04/1980. Né journaliste ascendant deskeur dans la grande maison de la PQR. Aime les voyages dépaysants émaillés de rencontres improbables, de savoureuses découvertes culinaires, et saupoudrés d'une bonne pincée d'imprévu.

Un commentaire

  1. Ping :Afrique du Sud : s'en mettre plein la vue sur Panorama road

Laisser un commentaire