Varsovie : le dernier morceau du mur du ghetto

Autant être prévenu, trouver ce lieu de mémoire relève de patience ! Mais la charge émotive qu’il procure en vaut vraiment la peine (1). Rarement ou très mal indiqué sur les guides de voyage, le dernier morceau du ghetto de Varsovie se démarque parmi les centaines de mémoriaux qui habitent aujourd’hui la capitale polonaise. Sans doute parce que justement, il est très peu fréquenté des touristes, mais aussi parce qu’il a l’avantage d’être d’époque. De s’imposer, donc, comme un témoin direct de l’existence de ce camp de concentration géant qui n’en portait pourtant pas le nom. Une ville dans la ville où vécurent, pendant près de trois ans, jusqu’à près de 400000 juifs entassés et vivant dans des conditions de déshumanisation effroyables (2).

L’antichambre du camp de Treblinka

Morceau du mur du ghetto de Varsovie

Morceau du mur du ghetto de Varsovie

La difficulté à trouver ces quelques mètres de briques rouges provoque un émoi considérable. C’est un rendez-vous avec les heures les plus sombres de l’histoire de l’humanité qui est proposé aux visiteurs. « Caché » entre deux immeubles dans une cour, ce bout de mur fait preuve d’une pudeur impressionnante. Une fois à son pied, on entend encore les cris de faim et de douleur de ces malheureux dont la prochaine destination n’était autre que le camp d’extermination de Treblinka, situé à 80 km de Varsovie. Cette partie du mur a pu être conservée grâce à un habitant qui possédait le jardin situé à son pied. À la fin des années soixante-dix, il a dû lutter pendant des mois avec une administration polonaise sous joug soviétique, bien décidée à détruire toute trace du nazisme dans le pays. Des plaques ornent aujourd’hui ce précieux témoignage de l’histoire.

> NOTE
(1) Le mur est situé dans le quartier juif au sud de la ville. Il faut se rendre dans une cour entre le 55 de la rue Sienna et le 60 de la rue Zlota. Attention, aucune signalisation n’a été installée.

(2) Édifié le 12 octobre 1940, le jour de la fête juive du Yom Kippour, le ghetto de Varsovie fut le plus grand jamais construit par les nazis. Ces derniers l’ont quasiment rasé en mai 1943 après avoir déporté les survivants de la célèbre insurrection de ses habitants en avril 1943.

> À VISIONNER SUR LE SUJET
« Au nom de tous les miens » de Robert Enrico (DVD aux éditions Studio Canal).

Frédéric Sauron

Journaliste au Progrès né le 15/05/1978. Coups de coeur: Europe de l'Est et proche-Orient.

3 commentaires

  1. Très bonne idée de blog!
    En référence à cet article je conseille la lecture de l’essentiel  » Si c’est un homme  » de Primo Lévi « .
    Le tourisme lié au génocide est un thème et une expérience particulière et difficile. Je ne me suis jamais rendu en Pologne mais je suis allé au Cambodge. J’y ai visité le camp de détention S21 et le lieu de massacre appelé « killing fields ». La façon dont ses lieux sont amenés à être visités est parfois troublante, on navigue entre émotion et voyeurisme, malaise et recueillement. Il est très important je crois de précéder ce genre de voyages par des lectures et de la documentation, qui permettent d’apaiser le malaise et rendent la visite constructive et  » transmissible « .

    Quoi qu’il en soit BRAVO!

    • Frédéric Sauron

      Merci beaucoup. La Pologne regorge de mémoriaux, Varsovie notamment, et ce bout de mur restant du ghetto est vraiment poignant, d’autant plus qu’il n’est vraiment pas évident à trouver. Une plaque mémorielle y fut apposée le 26 mai 1992 par Chaim Herzog, président de l’État d’Israël.

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